Qu’est-ce que le capitalisme ?

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Glossaire du PPAC : Capitalisme

Dictionnaire Larousse : refusant de s’engager sur une définition précise d’un terme aussi colporté, Larousse choisit d’en donner quatre versions différentes, sans toutefois préciser si un système donné se doit de les cumuler toutes pour pouvoir être dénommé capitalisme ou s’il suffit qu’il en remplisse une seule (ou plusieurs). L’utilisateur a donc le loisir de faire son marché en toute liberté et, pourquoi pas, faire une salade composée pour établir sa propre définition du capitalisme.

Définition 1 : Statut juridique d’une société humaine caractérisée par la propriété privée des moyens de production et leur mise en œuvre par des travailleurs qui n’en sont pas propriétaires.

Commentaire : Cette définition bien connue est également bien connue pour son imprécision. En effet, il conviendrait d’expliquer le sens exact du terme « caractérisée » :

  • Si « caractérisée » est pris dans un sens absolu, cela signifierait qu’une société humaine, dans laquelle il existe des moyens de production privés mis en œuvre par leurs propriétaires (comme par exemple dans la société actuelle), n’est pas une société capitaliste.
  • Si « caractérisé » est pris dans un sens partiel, cela signifierait que, pour jouir du statut de capitaliste, une société humaine doit avoir une certaine proportion de moyens de production privés mis en œuvre par des non-propriétaires, parallèlement à une autre proportion mis en œuvre par des propriétaires. Dans ce cas, il conviendrait de quantifier cette proportion afin de pouvoir définir clairement une société capitaliste et une autre qui ne l’est pas.

Compte tenu de cette incertitude, une formulation plus juste pourrait être celle-ci : « secteur économique d’une société donnée dans lequel la production est mise en œuvre par des individus travaillant sur des outils appartenant à d’autres individus ». On remarquera que cette définition ôte le statut de « société » au capitalisme, pour le réduire à l’état de simple « secteur » d’une société, celui-ci pouvant être plus ou moins important, caractérisant ainsi une société à tendance plus ou moins capitaliste.

Définition 2 : Système de production dont les fondements sont l’entreprise privée et la liberté du marché.

Commentaire : Cette définition se situe dans le champ de la rectification suggérée pour la précédente. Elle reste toutefois ambiguë, dans la mesure où un système de production dépourvu de tout cadre juridique, dans lequel il n’existerait que des individus agissant et produisant en liberté mais sans avoir la possibilité d’accumuler du capital, ne pourrait pas, dès lors, être considéré comme capitaliste.

Définition 3 : Système économique dont les traits essentiels sont l’importance des capitaux techniques et la domination du capital financier.

Commentaire : Cette définition n’en est pas une, dans la mesure où les expressions « importance des capitaux techniques » et «  domination du capital financier » ne signifient pas grand-chose. L’importance du capital technique n’est, en effet, pas consubstantielle du capitalisme, mais plutôt de l’évolution technologique des modes de production, sauf à considérer que le mot capitalisme désigne tout simplement une société très développée technologiquement, ce qui serait largement abusif.

Quant au caractère «  nécessairement dominateur » du capital financier, celui-ci mériterait d’être précisé au risque de considérer que tout système économique dans lequel les échanges sont fondés sur la monnaie est capitaliste, ce qui, naturellement, est inexact.

Définition 4 : Dans la terminologie marxiste, régime politique, économique et social dont la loi fondamentale est la recherche systématique de la plus-value, grâce à l’exploitation des travailleurs, par les détenteurs des moyens de production, en vue de la transformation d’une fraction importante de cette plus-value en capital additionnel, source de nouvelle plus-value.

Commentaire : Nous ne saurions trop conseiller aux rédacteurs du Larousse de relire attentivement Marx. Une autre option, plus simple, consisterait pour eux à carrément ne pas le citer, ce qui leur éviterait de navrants égarements. En effet, cette quatrième définition en forme de galimatias ne peut être retenue, ne serait-ce qu’au motif qu’elle ne cite même pas la valeur travail comme source unique de la plus-value.

Ne pouvant donc sérieusement nous appuyer sur une définition officielle émanant d’un dictionnaire patenté, nous sommes allés fureter du côté des acceptions populaires diverses reprises ici et là pour tenter d’investiguer un peu plus la signification du capitalisme. De ce point de vue, il est à noter qu’aucun mouvement politique ou idéologique ne se risque à fonder son discours vis à vis du capitalisme par rapport à une définition concrète, tous préférant le désigner par une symbolique attractive (rarement) ou repoussante (souvent) mais, dans tous les cas, utile à leur propagande. Ainsi, par exemple et pêle-mêle :

  • Le capitalisme est un état d’esprit qui habite celui qui n’a pour seul objectif dans la vie que l’accumulation financière. (option droite chrétienne)
  • Le capitalisme est un système qui permet, en toute légalité, à un individu privilégié de faire travailler d’autres individus non privilégiés en contrepartie d’une rémunération la plus faible possible. (option gauche prolétarienne)
  • Le capitalisme est un système économique qui permet à une minorité d’individus de fabriquer des produits inutiles à forte valeur ajoutée, doublé d’un système politique qui conditionne le cerveau de l’immense majorité restante pour qu’ils les achètent. (option freudienne)
  • Le capitalisme est un mode d’exercice du pouvoir qui conduit la collectivité vers une croissance illimitée de la production de biens (option objecteurs de croissance)

Parti pour l’après croissance : le capitalisme est une construction juridique complexe qui rend possible un certain mode de faire valoir économique. Cette construction juridique prend la forme d’un corpus législatif dense et contrôlé (en termes de création, modification et abrogation) par un groupe restreint installé en tant qu’Etat et exerçant le pouvoir politique de façon oligocratique. Les quatre éléments fondamentaux de ce corpus sont la personnalité morale, la création monétaire, le crédit porteur d’intérêt et le mode de transmission de la propriété post-mortem, dont les caractéristiques avancées peuvent évoluer mais dont la pérennité conditionne l’existence même du capitalisme.


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